Quodlibet 220313

De Vivaldi, tout le monde sait le nom, et personne ne sait la vie.
Étrange paradoxe que celui du Prete Rosso, leader incontesté sur le marché du disque, vinyles et mp3 confondus, mais « ecclésiastique, excellent joueur de violon et compositeur médiocre » [sic] selon son presque contemporain, et collaborateur, Goldoni.

Si, toujours aux dires du célèbre dramaturge, « les bons connaisseurs disent qu’il était faible en contrepoint et qu’il maltraitait les basses », ce n’en est pas moins à Vivaldi que revient la paternité du concerto de soliste, ce genre aujourd’hui encore incontournable, et qui fut le fer de lance d’un XIXè siècle avide de brillant et de virtuosité.
Du concerto grosso corellien qui mettait en vis-à-vis un ensemble de cordes et une petite réunion de solistes, Vivaldi fait émerger une voix unique dialoguant avec l’orchestre. Et pour permettre au grand public et aux maîtres de cultiver ce genre dans l’intimité de leurs demeures, il en reprend la forme et le style pour composer des concertos de chambre dont l’orchestre est absent.

En 1703, Vivaldi est ordonné prêtre puis nommé maestro di violino à l’Ospedale della Pietà, le plus ancien des quatre hospices de Venise dans lesquels les jeunes filles reçoivent un enseignement musical de très haut niveau. Il y est contractuellement tenu de fournir la musique religieuse et deux concertos par mois.
C’est cet incroyable vivier de jeunes talents qui fournit au maître la chair même d’une grande partie de son œuvre. Vivaldi écrit avec une rapidité revendiquée et déconcertante.
Per la musica.
Per le donne.
Per Pietà.